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Mais, que la pitié ne soit pas toujours la bonté, etque la sensibilité nerveuse ne soit pas toujours la pitié, il n’enparaît pas moins qu’il y a eu, de nos jours, un certain amollissementdes coeurs et quelque diminution de la cruauté. C’est déjà bien assezque nous fassions souvent du mal aux autres sans le vouloir, rienqu’en suivant nos passions ou notre intérêt, ou que nous en fassionsvolontairement, quelquefois, à ceux que nous haïssons. Mais fairesouffrir, par divertissement, ou pour montrer notre force, ceux qui nenous sont pas ennemis, c’est de quoi je croyais incapable,aujourd’hui, toute âme un tant soit peu affinée.Telle n’est pas, il faut bien le reconnaître, l’âme de nospolytechniciens.–Imposer à des camarades des souffrances réelles etde réelles humiliations, les contraindre à de stupides et péniblescorvées, les priver de nourriture et de sommeil,–et y trouverplaisir, tranchons le mot: cela est odieux. Un tel plaisir ne se peutexpliquer que par un éveil de l’antique férocité animale chez «l’élitede la jeunesse française», et par ce fait qu’une réunion d’hommes estplus méchante et plus inepte que chacun des individus qui la composent(meilleure aussi en certains cas, mais c’est infiniment plus rare).Quant aux jeunes gens qui supportent cette tyrannie et qui, l’ayantsupportée, la réclament encore («Et s’il me plaît, à moi, d’êtrebattu?»),–si ce n’est point par terreur qu’ils montrent une si bellepatience, c’est donc dans la pensée qu’ils pourront, dans un an, êtrecruels à leur tour. doudoune moncler noir pas cher
Et cela est vraiment exquis. Mais il y a autre chose. Un secret et profond sentiment de vanitéburlesque unit ici les tourmenteurs qui furent victimes l’an passé, etles victimes qui seront bourreaux l’année prochaine. Ces «brimades»sont symboliques. Elles signifient que l’École est un corps si sacréet d’une si prodigieuse excellence qu’il faut, pour y entrer, souffrirdes épreuves longues et compliquées,–comme pour être admis dans lamaçonnerie aux temps héroïques de la Comtesse de Rudolstadt, alorsque cette Compagnie de Jésus à rebours n’était pas encore tombée dansle décri.Ces rites brutaux et ces momeries servent donc, en somme, à relever le«prestige» de l’X à ses propres yeux. L’École abrite plus de troiscents élèves. sac a dos longchamp pas cher Il en est de tout à fait distingués; qui le nie? Maistous ne sauraient être des aigles, pour cette simple raison que lessots sont partout en majorité. Puis, faites attention que l’aptitudeaux sciences mathématiques et physiques (je parle d’une aptitudemoyenne et je connais d’ailleurs les exceptions) est la faculté quitémoigne le moins sûrement en faveur des autres dons de l’esprit etqui s’allie le mieux avec la médiocrité sur tout le reste. Entre ledon littéraire, le don de sentir et d’exprimer le beau, et notre viemorale, un lien existe, assez facile à percevoir. Mais, entre notrevie morale et intellectuelle et le don mathématique, il n’y a le plussouvent nul rapport.L’entrée à l’X prouve qu’on a fait pendant trois ou quatre ans, avecapplication, des mathématiques spéciales, et ne prouve rien de plus.Cela est fort bien, cela est fort estimable: cela n’est paséblouissant. Pris à part et considéré en soi, un polytechnicien deforce ordinaire n’a rien de surprenant ni de sacré. doudoune moncler noir soldes
C’est un forttravailleur qui avait un petit don, et que le fantasque hasard desexamens a favorisé; voilà tout.Sorti de l’École, il continuerait à ne briller, par lui-même, que d’unéclat tempéré. Dans plus de la moitié des cas, un ancien élève de l’Xest un homme qui, ayant aspiré à l’honneur de fabriquer du tabac, estréduit au désagrément de faire manoeuvrer des canons ou de bâtir descasernes. C’est un soldat malgré lui; c’est, moralement, un déclassé.Mais, si un polytechnicien isolé est presque aussi proche du néant queles autres hommes, tous les polytechniciens ensemble sont infinimentimposants, et l’École elle-même est une chose immense. Et, avec lecostume, le chapeau, l’épée, les traditions, l’argot spécial, ce sontles brimades, en quelque manière, qui la font auguste. Ayant un air desacrement, elles lui donnent un air de temple.

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